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LES 3 SORCIÈRES

La poule aux œufs vides

19 Juin 2015, 18:22pm

Publié par Charlie Vegas

S'interroger sur la monnaie est essentiel pour comprendre l’économie. Nombreux et médiatiques sont les travaux les inégalités de richesse dans le monde. Mais plus rares sont les économistes qui écrivent sur la monnaie, alors que même que ce concept reflète l’essence même de notre économie.

L’enjeu est de taille. Imaginez que du jour ou lendemain vos billets de 20€ ne valent plus rien. Que le solde pourtant créditeur de votre compte bancaire ne peut plus être utilisé comme source de paiement. Que tous les DAB de France refusent obstinément de délivrer des espèces à l’ensemble des clients du système bancaire.

Ce scénario catastrophe n’a pourtant rien d’impossible. La confiance dans la monnaie peut un jour s’évaporer et l’euro voir fondre sa valeur intrinsèque. Et c'est bien de ça dont il est question au fond : la confiance.

La monnaie n'a en effet de pouvoir économique que parce que les agents lui reconnaissent une valeur. Les pièces de un euro sont utilisées car la population a confiance dans leur cette valeur faciale qui permet l'achat d'une baguette de pain. Pour reprendre un exemple souvent cité, tout le monde sait qu’a contrario les billets de Monopoly ne valent rien (si ce n'est leur infime coût de fabrication). Mais quelle différence de fond y a-t-il entre ces billets de Monopoly et nos euros ? Prenons le risque de dire qu’elle n’est pas si grande et en tout cas bien plus fragile qu’il n’y paraît.

Revenons à la première moitié du 20ème siècle. Avant 1945, la monnaie était en théorie parfaitement définie via ce qu’on appelle un étalon. Concrètement, une unité de monnaie était légalement exprimée en contre-valeur d’une quantité de métal précieux (le plus souvent l’or, parfois l’argent).

Par exemple, en 1928 un franc français valait 58.59 mg d’or fin. Autrement dit, la Banque de France s’engageait à pouvoir livrer 58.95 mg d’or pour quiconque exigeant la contrepartie métallique d’une pièce de un franc.

Un des avantages de ce schéma, qui a été le plus répandu au travers des âges et des civilisations, est que toute émission de monnaie doit théoriquement aller de pair avec un accroissement de la détention d’or (ou d’argent) au niveau de l’ensemble du système monétaire. Dans le cas contraire, la monnaie perd implicitement de sa valeur car il n’y a plus assez de métal précieux disponible pour garantir sa valeur.

Parmi les inconvénients souvent avancés, on peut citer le fait que les déficits et excédants des pays vis-à-vis du reste du monde doivent très vite se résorber. Autre problème, la production physique de métaux précieux devient une variable clé de l’évolution de la masse monétaire au niveau mondiale, sans être pour autant en adéquation avec le cycle économique, ce qui n’est pas toujours idéal.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, le système monétaire mondial fut reformé en profondeur à l’initiative des Etats-Unis au travers des accords de Bretton Woods. Entre 1945 à 1963, la règle est la suivante : les devises cessent d’être définies par rapport à l’or, à l’exception du dollar américain. Une parité fixe est établie pour exprimer chaque monnaie en termes de dollar, lequel est le seul à être défini en quantité d’or. Le système d’étalon-or persiste donc indirectement sur cette période mais à l’échelle d’une seule monnaie qui se sert de référence pour toute la planète.

Le grand changement intervient en 1976 avec les accords de la Jamaïque (négociés à la va-vite) qui débouchent sur l’abandon définitif de l’étalon-or. Les choses deviennent à la fois très simples et très compliquées : toute devise (ou presque) est convertible contre dollar, qui est défini par rapport… à lui-même ! C’est le début des régimes de change flottants. C’est-à-dire que la valeur de chaque monnaie n’est plus définie que par rapport aux autres monnaies qui l’entourent et contre lesquelles elle peut s’échanger.

Cela ne signifie pas qu’un euro ne peut aujourd’hui plus être échangé contre de l’or ou de l’argent. Ces métaux ont un prix de marché exprimé en dollar et vous pouvez très bien décider d’en acheter à votre niveau (ce qui n’est d’ailleurs pas forcément idiot compte tenu des risques que nous allons mettre en avant). Mais le système n’oblige plus la BCE ou la Réserve Fédérale à garantir leurs émissions de monnaie par une quantité définie d’or sous-jacent.

Et c’est là où le bât blesse. Le système actuel a certes le mérite d’être extrêmement flexible et de favoriser le développement des échanges au niveau mondial (certains objecteront qu’il s’agit plus d’un problème que d’un bienfait), mais il ouvre par la même occasion la porte au n’importe quoi en offrant la possibilité aux banques centrales d’émettre de la monnaie à l’infini.

En effet, nous assistons depuis près d’une décennie à une fuite en avant au sein du système monétaire qui ne cesse de faire croître la base monétaire au gré des QE et autres assouplissements quantitatifs en veux-tu en voilà. L’objectif est évidemment de fournir des liquidités à des agents déjà fortement endettés et de tenter de relancer la machine.

Le problème est que non seulement ces actions tendent à faire davantage croître l’endettement dans le monde, mais en plus elles font chaque jour perdre un peu plus de valeurs aux principales monnaies que sont le dollar, l’euro, le yen et bien d’autres.

Car n’ayez aucun doute là-dessus. Quand la Fed émet des dollars, aucune contrepartie réelle ne vient garantir ces émissions. Seule la vague promesse d’un remboursement futur des dettes sous-tend le système.

Jusqu’à quand ? Le risque est qu’un jour les agents ne croient plus dans la supercherie et que la confiance disparaisse dans l’une voire l’ensemble des monnaies du globe. Ce cas peut par exemple arriver en cas de retraits massifs des dépôts bancaires par les particuliers. Et c’est en autre ce qui menace aujourd’hui même la Grèce … officiellement toujours en zone euro.

Ce qui est clair c’est que depuis 1945 la production de de métaux précieux n’a pas suivi l’explosion monétaire à travers le monde et que la valeur des principales monnaies du monde est en décalage complet avec la réalité du marché de l’or et de l’argent.

Beaucoup regardent l’achat d'or avec condescendance. Mais n’oublions jamais que si le système d’étalon-or a prévalu à travers tant de siècle c’est certainement pour une bonne raison, à savoir qu’il n’est pas forcément évident de faire mieux. Les innovations économiques et financières débouchent malheureusement trop souvent sur un échec cuisant, et les quelques tentatives de passage à la monnaie-papier se sont toujours conclues par une crise suffisamment grande pour faire machine arrière.

 

Quant à ceux qui pensent que le Bitcoin puisse être la solution à ce grand problème… nous les invitons à tout relire depuis le début !

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