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LES 3 SORCIÈRES

Les taux montent : l'étau se resserre ?

4 Juin 2015, 17:54pm

Publié par Charlie Vegas

Depuis quelques jours, on assiste dans l’intimité du cercle financier à un mini krach sur les obligations. Notamment en zone euro, y compris en France. Les causes de ce phénomène sont à chercher dans l’amélioration économique conjoncturelle constatée dans la zone et principalement du côté de l’inflation, plus forte qu’attendue (il serait toutefois plus juste de dire "moins faible").

Concrètement, le marché obligataire anticipe une BCE moins longtemps accommodante à l’avenir si l’inflation repart à la hausse, et donc plus enclin à calmer le jeu sur la planche à billets, ce qui fait monter les taux.

Pour illustrer avec des chiffres, retenez que le symbolique rendement de l’emprunt français à dix ans est passé de 0.35% à 1.28% depuis fin avril. Soit une hausse de quasiment 1% (ou 100 points de base comme on dit en jargon boursier).

Ça n’est probablement pas très parlant pour beaucoup, mais ce mouvement signifie d’une part une hausse soudaine du coût de l’endettement pour les Etats européens, les entreprises et les particuliers. Et d’autre part, que certains acteurs du système financier risquent d’essuyer de lourdes pertes

En effet, le prix d’une obligation évolue en sens contraire de son rendement actuariel. Dans le cas présent, les obligations ont donc vu leur valeur diminuer sensiblement avec la hausse des taux, avec à la clé des moins-values pour ceux qui ont pris des positions acheteuses récemment.

Au-delà de ces deux conséquences, ce mouvement frappe surtout par sa soudaineté. S’il est encore trop tôt pour dire s’il s’agit d’une inflexion au niveau du cycle baissier des taux souverains, il faut garder en tête la vulnérabilité des classes d’actifs risqués (actions, immobiliers, matière premières) en cas de remontée des rendements.

Les banques centrales le savent et peinent à agir car le risque d’effondrement des marchés n’est pas nul en cas de resserrement monétaire. D’autant plus que l’histoire économique des quinze dernières années et une fine analyse de la situation globale laisse à penser qu’une correction de plus ou moins grande ampleur est inéluctable (et plutôt plus que moins).

N’oublions jamais qu’une augmentation de « seulement » 4% des taux directeurs américains entre 2004 et 2006 a entraîné une crise du crédit immobilier telle que l’ensemble du système financier mondial a failli se disloquer fin 2008.

Dans un monde trop endetté, toute remontée du coût du financement met en difficulté des agents et entraîne des cessions d’actifs afin de réduire le supplément de charge d’intérêt. La baisse du prix de ces derniers (du fait des ventes) met alors en difficulté d’autres acteurs qui avaient parié avec du levier sur leur appréciation, et ainsi de suite.

Un cercle vicieux pas très réjouissant et qui doit régulièrement hanter l’esprit des banquiers centraux. Le contraire serait d’ailleurs encore plus inquiétant !

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